La réhabilitation des lapins de laboratoire
LA REHABILITATION DES LAPINS DE LABORATOIRE
Le lapin
Les lapins habituellement utilisés pour les expériences appartiennent à la race New Zealand, variété albinos, une race géante à l’origine sélectionnée et élevée pour sa viande.
ETHOLOGIE, BIOLOGIE ET PRINCIPAUX ASPECTS VETERINAIRES
Le squelette du lapin est fragile et représente seulement 8 % du poids du corps contre 12% chez le chat. Par contre, la masse musculaire, surtout à l’arrière-train, est très développée. A front d’une vitesse extraordinaire et d’excellents réflexes, nécessaires pour fuir les prédateurs dans la nature, cette structure squelettique comporte un grand risque de fracture : un lapin peut se fracturer la colonne vertébrale en tapant violemment ses pattes postérieures sur une surface dure. La colonne vertébrale comprend C8 T12 L7 S4 C6.
Dans la nature, le lapin pourrait être caractérisé par quelques comportements typiques qui en identifient les besoins et les activités principales, tels que :
• Vivre à l’extérieur, en courant et sautant dans les prés.
La vie en plein air garantit au lapin un développement physique correct durant sa croissance car cela lui permet de disposer de :
o Possibilité de mouvement (courir et sauter dans les prés) afin de développer les muscles et les os (les mouvement des pattes postérieures jouent un rôle très important dans la circulation du sang)
o Exposition au soleil qui favorise une bonne croissance des os (métabolisme du calcium)
o Alimentation adéquate
La terre, en outre, est le substrat idéal pour les pattes du lapin : tendre mais en même temps abrasive, elle assure une bonne prise sur le terrain, atténue les coups quand l’animal saute et permet l’usure des griffes.
• Manger de l’herbe en mâchant continuellement
o La denture du lapin est adaptée à l’usure déterminée par les mouvements de mastication continue. Toutes les dents ont une racine ouverte et donc une croissance continue. Les incisives poussent de 3-4 mm par semaine, les molaires de 3-4 mm par mois.
o Les fibres sont nécessaires pour une correcte motilité intestinale ; les aliments pauvres en fibres (inférieurs à 10%) causent la diarrhée. Les fibres doivent être grossières: plus les particules sont petites et plus la durée du transit dans l’intestin augmente favorisant ainsi des problèmes de stase du transit et des blocs gastro-intestinaux
• Vivre en petits groups familiaux avec une structure sociale complexe
o Le lapin a une structure familiale constituée d\'un couple ou d\'un harem réuni autour d’un mâle et des petits jusqu’à l’âge de la maturité.
o Le mâle défend son territoire et sa famille face aux autres mâles. Les femelles creusent une tanière où toute la famille s’abrite pendant la journée et lorsqu\'il y a un danger. Ils sortent et broutent à l’aube, au coucher du soleil et éventuellement même pendant la nuit.
o Les lapins mangent par petits groupes : pour eux, se nourrir est une activité sociale.
Laissés tous seuls, ils peuvent perdre l’envie de se nourrir.
o Le lapin vivant en plein air est exposé aux prédateurs naturels ; le fait d’être en groupe facilite la possibilité qu’un membre prévienne ses congénères de la présence d’un prédateur en tapant des pattes postérieures sur le sol.
• Avoir une tanière où s’abriter. Le lapin, à la différence du lièvre qui établit son refuge à l’extérieur, creuse un complexe système de galeries qui sont utilisées comme refuge.
ALTERATIONS CONSEQUENTES A LA PERMANENCE DANS LES CAGES D’ELEVAGE ET DE LABORATOIRE
Nous allons voir maintenant comment toutes ces exigences sont niées dans les laboratoires, causant aux animaux des dégâts physiques et comportementaux.
Altérations physiques:
• Vivre enfermés dans une cage
o La minéralisation des os dépend aussi de l’exercice: la contention dans des cages trop petites soit à l\'horizontal ou à la verticale (un New Zealand a besoin d’une hauteur d’au moins 75 cm pour pouvoir “faire le beau”) augmente les déformations vertébrales et la fragilité générale.
o Les pattes du lapin n’ont pas de structure pour atténuer les impacts comme les coussinets du chien ou du chat. La stabulation sur un fond inadéquat (sale, grillagé…) peut causer la pododermatite. Les lésions se localisent très souvent aux métatarses et apparaissent au début comme des petites zones sans poils et rouges ; ensuite, des ulcérations peuvent apparaître avec des infections secondaires qui arrivent jusqu’au tissu osseux. Un lapin atteint de pododermatite garde une posture typique afin de limiter la charge sur les pattes touchées en s’appuyant directement sur son ventre. A côté de la thérapie locale/systémique (et éventuellement chirurgicale) il est très important de fournir un substrat tendre et propre ainsi que la possibilité de faire de l\'exercice.
o Le manque de mouvement et de surface abrasive amènent à une croissance excessive des griffes, avec de possibles déformations permanentes des os des pattes.
o Être nourris exclusivement de pellets. Leur grand contenu protéique satisfait le besoin de l’animal sans activité de mastication. Les dents ne sont donc pas usées et poussent de manière excessive en déviant de leur position correcte. Les racines des dents peuvent aussi, par contraste, s’allonger et pénétrer dans les os où elles s\'implantent causant ainsi des déformations, des abcès et des dégâts aux organes et aux structures voisines (bulbes oculaires, canal nasal). En réalité, ce type de dégâts est difficilement identifiable chez les lapins sortis de labos car souvent la permanence est limitée dans le temps et les effets ne sont visibles qu\'après le relâche.
o Un régime pauvre en calcium détermine en seulement 14 semaines une diminution de 20% de la densité osseuse au niveau vertébral. Chez les jeunes élevés dans un endroit fermé, on a souvent une carence en vitamine D et en calcium ; entre autres les épiphyses des vertèbres se soudent très tard, vers les 3 ans, créant ainsi d’autres points faibles. Les femelles portantes ou allaitantes montrent souvent des carences.
Problèmes de comportement:
• Être séparé de ses congénères au moment du sevrage cause des problèmes dus au manque de contact avec d’autres lapins. L’hébergement en cages individuelles jusqu’au sevrage empêche le lapin d’apprendre correctement le langage et les règles de la société lapine (seulement en partie, il s’agit d’un comportement génétiquement déterminé et donc inné) et provoque chez ces animaux des difficultés à s’adapter à la vie commune avec leurs semblables. Le dégât est proportionnel à l’âge du lapin. Le lapin n’apprend pas complètement le langage social et a donc tendance à ne pas savoir communiquer avec ses semblable et à mal interpréter les signaux provenant des autres, donnant lieu à des manifestations d’agressivité ou de crainte injustifiées.
• Ne pas avoir d’abri : le manque d’abri où se cacher provoque un état d’anxiété permanent.
ORGANISER LE TRANSPORT DES ANIMAUX DU LABORATOIRE AU CENTRE D’ACCUEIL ET REHABILITATION
Risque de contamination pour l’homme.
En théorie les animaux présents dans les laboratoires ne devraient pas être contaminés par des pathologies ou des parasites. En pratique, nous avons vu que ce n’est pas le cas. Les lapins récupérés sont très souvent affectés par l’otocariase, qu’ils manifestent en secouant les oreilles et en se grattant ; ils peuvent également manifester des signes de mycose. Le seul risque de contamination pour l’opérateur qui est en contact avec des lapins de labo est représenté par la mycose.
Il est fondamental de considérer que :
o Le lapin respire toujours et uniquement par son nez : la tentative de respirer par la bouche indique une grande difficulté respiratoire et annonce une pathologie. Attention donc en le manipulant : le stress peut lui être fatal!
o Le lapin souffre plus de la chaleur (plus de 28°) que du froid. Les glandes sudoripares péri labiales et les échanges thermiques permis par les oreilles ne sont pas suffisants à disperser de grandes quantités de chaleur. En outre, les hautes températures réduisent (à la place d’augmenter) l\'absorption d’eau. Il faut donc faire très attention au transport en voiture pendant l’été !
o Le degré de déshydratation ne s’évalue pas par le test du pli de peau (comme pour le chat) mais par le degré d’enfoncement de l’oeil.
o Les manifestations algiques ne sont jamais ouvertement visibles (le lapin est une proie!): on peut toutefois observer une posture courbée, l’immobilisme ou un refus de bouger, un grincement des dents, une respiration rapide et superficielle, la tête déplacée en arrière et une expression vide dans les yeux, un léchage ou nettoyage excessif de la zone douloureuse. En cas de lésions à la colonne on peut aussi avoir l’impossibilité pour le lapin de se plier pour ingérer les caecotrophes ainsi que pour se nettoyer : ce dernier facteur, avec la posture anormale que le lapin prend lorsqu\' il urine, amène souvent à la macération de la partie concernée. Attention aux miases !
o Le lapin ne doit pas jeûner! En cas de jeûne une stase gastro-intestinale se développe et en deuxième lieu une lipidose hépatique rapidement fatale. En cas d’anorexie, si on n\'arrive pas à le stimuler avec des aliments qu’il aime, le lapin doit être nourri de force avec des frappés de légumes ou encore avec des aliments conçus exprès pour cela (Critical Care). On peut administrer environ 10-20 ml 3 fois par jour. Le lapin refuse de manger s\'il est stressé, malade ou pour cause de douleur.
o Le besoin d’eau est d’environ 50-150 ml/kg de poids vif par jour.
• Manipulation du lapin: Le lapin NZ de labo est normalement un animal docile et il se laisse porter sans problèmes. Parfois les animaux que l\'on récupère sont très territoriaux, surtout s’il s’agit de femelles adultes qui défendent leur nid. Il faut donc tenir compte du fait que se faire mordre par un NZ peut être très douloureux, tout comme les coups de pattes postérieures malgré l\'atrophie musculaire. Il est donc recommandé dans ces cas-là d’avoir à disposition de gros gants et d’éviter de tenir l’animal à la hauteur du visage.
o Contrairement à ce que l\'on croit, le lapin NE DOIT JAMAIS être soulevé par les oreilles ! Cette règle vaut pour tous les lapins et en particulier pour le NZ étant donné son poids et sa taille : soulever l’animal par les oreilles lui provoque une douleur et cause des dégâts permanents aux oreilles.
o Il est fortement déconseillé de soulever le lapin en le prenant par les aisselles avec le corps pendant, car il peut gigoter pour se libérer et donc provoquer ainsi des lésions à la colonne vertébrale ou encore faire empirer une situation déjà précaire. Le corps doit être soulevé en le soutenant dans une position recroquevillée.
o En cas d’animaux très effrayés ou agressifs, il est recommandé de leur couvrir les yeux et de garder les oreilles contre leur dos.
o Si le lapin s’agite, il est nécessaire de garder une prise délicate mais forte.
• Le transport du lapin
o Le transport peut être effectué dans des cages à lapin individuelles ou dans des paniers à chat. Le fond doit être recouvert d\'une couche de journaux et de foin, et la cage même avec une toile
o Chaque lapin doit avoir à disposition un biberon.
o Claque cage ou panier de transport doit loger un seul individu, et ce pour éviter les bagarres surtout entre des mâles adultes.
o Une fois arrivé à destination, le lapin doit être transféré dans son nouveau logement avec son panier de transport. La porte de ce dernier doit rester ouverte pour permettre à l’animal d’en sortir quand il se sentira à l’aise.
ASPECTS DU PARCOURS DE REHABILITATION
Comme nous l’avons vu, le lapin sorti d\'un labo est un animal physiquement compromis et socialement désadapté ou inadapté. A défaut d’un parcours de réhabilitation correct qui tienne compte de chaque détail, on risque de perdre un grand nombre d’individus, même si de toutes façons, quelques pertes sont inévitable à cause du stress qui peut causer des arrêts cardiaques ou déclencher des infections par pasteurellose, présente de façon latente chez la majorité des lapins.
NON: mis tout de suite dans un espace ouvert !
Le contact avec des sauts de température, la lumière solaire, les odeurs et les bruits, dans la majorité des cas, sont des sources de stress insoutenables pour l’animal.
OUI: endroit fermé et tranquille qui reproduise, au moins en partie, les conditions de la stabulation en laboratoire.
NON: tout de suite en liberté !
Le lapin aurait tendance à courir et, en l’absence d’une musculature adéquate et avec une structure osseuse compromise, le risque de fracture reste très haut.
OUI: en cage, en augmentant progressivement les dimensions et la possibilité de sortir librement, au fur et à mesure que la musculature reprend du tonus.
NON: tenu en groupe !
Les lapins qui n’ont pas l’habitude du contact avec leurs congénères et qui sont incapables d’établir des relations sociales correctes, s’agressent et les luttes sont très violentes. Les conséquences sont, dans le meilleur des cas, des morsures qui s\'infectent et des fractures des os. Souvent, des paralysies sont causées par un comportement typique de dominance, présent également chez les femelles et qui consiste à bondir sur le dos de l’autre avec pour conséquence des paralysies chez des individus décalcifiés ou ayant des lésions épinières. Des arrêts cardiaques peuvent aussi se vérifier.
OUI: logement individuel, en contact visuel avec les autres
Les lapins doivent être habitués très graduellement à partager leur espace avec leurs congénères. Les mâles non castrés auront tendance à s’agresser jusqu’à l’éloignement ou la mort de l’adversaire ; les femelles adultes non habituées à vivre avec leurs congénères peuvent être autant agressives avec leurs camarades, surtout si non stérilisées et gardées dans des espaces limités. Si les mâles et les femelles ne sont pas stérilisés, il faut éviter de les mettre ensemble pour des raisons simples...
NON: changement drastique de l’alimentation!
Le lapin, animal très routinier, possède un système gastro-intestinal basé sur un équilibre des bactéries très très délicat. Un changement drastique de l’alimentation peut donc avoir différents aspects négatifs:
Le lapin refuse la nouvelle nourriture, en renversant fâché la gamelle et il arrête de se nourrir. La conséquence peut être un bloc gastro-intestinal qui, si non traité immédiatement par un vétérinaire peut amener l’animal à une mort rapide.
o Le lapin accepte la nouvelle nourriture, mais la flore bactérienne de son intestin n’est pas adéquate. La conséquence peut être de la diarrhée ou un bloc gastro-intestinal comportant les mêmes risques susmentionnés.
OUI: passage graduel à la nouvelle alimentation (foin et légumes ou mieux encore de l’herbe fraîche).
Au début, on doit donner le pellet du laboratoire avec du foin, pour arriver à remplacer complètement le premier par le second avant de commencer à proposer des légumes. Les légumes doivent être introduits graduellement, une variété à la fois, lavés, séchés et à température ambiante. Si la diarrhée apparaît, le dernier légume proposé doit être arrêté, jusqu’à une complète normalisation des selles.
Aménagement de la cage. La cage doit avoir un fond en matière lavable (métal ou plastique), recouvert d\'une couche de litière tendre, absorbante et non toxique. On peut donner au lapin des objets en plastique dur (jouets), en osier et en bois non traités (qui peuvent ainsi même être grignotés), en carton (boîtes en carton, tunnels…).
NON: bois ou grillage métallique
OUI: lamines métalliques ou en plastique et barreaux métalliques
NON: litière pour chat, surtout si agglomérante.
OUI: pellet en bois ou papier recyclé à mettre sur le fond pour absorber. De la paille ou des copeaux non poussiéreux comme couche supérieure filtrante. Le tout à remplacer souvent.
NON: pas d’abris !
OUI: maisonnette-abri en bois ou carton, à remplacer quand nécessaire.
NON: gamelle pour l’eau, facilement renversable.
OUI: abreuvoir à gouttes-biberon.
NON: foin par terre, où il peut être souillé.
OUI: râtelier à foin.
Traitements vétérinaires et première sélection des individus présentant des dégâts osseux
• Une visite vétérinaire est à programmer dès que possible.
• Les vaccinations, chez les individus sains, sont faites normalement deux fois par année. Chez les individus qui ont subi des expériences pharmacologiques, en tenant compte de l’environnement et de la saison lors de la sortie du labo, il est recommandé de repousser le plus possible le vaccin afin d\'éviter des interactions. Les maladies contre lesquelles les lapins sont vaccinés sont amenées par les insectes hématophages (normalement puces et moustiques). En cas d’absence de ces derniers, le risque de contamination est très faible.
• Il est très important de séparer le plus tôt possible les individus ayant des déformations osseuses, surtout ceux avec des lésions épinières, de façon à pouvoir les exclure du programme d’adoption : normalement les gens désirent un animal sain et ne sont pas capables de s’en occuper correctement en cas de paralysie. Les animaux paralysés ont quelques possibilités de survie si suivis par du personnel spécialisé. Les individus ayant des déformations osseuses aux pattes sont facilement repérables grâce à leur posture caractéristique. En particulier, les pattes antérieures ouvertes vers l’extérieur en sont un clair signe. Les lésions de l’épine dorsale sont très facilement repérables lorsque le tonus musculaire permet au lapin de bouger de façon acceptable. Le fait de passer de longs moments allongé sur le ventre avec les pattes postérieures complètement allongées en arrière, la déambulation effectuée en bougeant les 4 pattes an alternance et non pas en bondissant, la stagnation de l’urine sur la fourrure, sont des éléments qui peuvent indiquer la présence d’une lésion plus ou moins grave à l’épine dorsale. Souvent, il s’agit de dégâts progressifs ou empirés par le mouvement, et tôt ou tard la paralysie arrive.
• La stérilisation est nécessaire pour permettre aux animaux une vie sociale en évitant des bagarres sanglantes et, naturellement, des portées. Chez les femelles, la stérilisation est très importante du point de vue médical également car elle prévient les grossesses nerveuses (qui souvent dégénèrent en mastites) et les néoplasies utérines, très fréquentes chez les lapines de plus de 5 ans (incidence supérieure à 60%).
La réhabilitation continue par des sorties graduelles jusqu’à la liberté complète ainsi que par une reprise satisfaisante du tonus musculaire. Entre temps, on peut également socialiser les femelles entre elles en utilisant des endroits spacieux et neutres. La socialisation avec les humains continue aussi, mais elle est toujours plus rapide que celle entre lapins.
Extrait de l’article sur la réhabilitation des animaux de laboratoire écrit par Med. Vet. Erica Manzoni Tarenzi, Dr. Massimo Tettamanti, Dr. Roberta Cattaneo et tiré du site
La Collina dei conigli
Traduction de Elena Grisafi Favre et Lisa Simeoni
(Mis à jour le
08.04.07 11:36)